Gaëlle : la puissance de la loyauté autodestructrice d’une petite fille envers un père « incestueur »

Depuis toujours, je vivais dans un état de mal-être récurrent qui se manifestait par une peur profonde de l’autre, sourde et incontrôlable, par des périodes dépressives sans causes identifiées, par des comportements suicidaires.
Au fil du temps, ces symptômes insidieux et tenaces s’amplifiaient.
Je vivais en couple, je craignais la rupture, je devais sauver notre relation menacée.
Alors sur les conseils bienveillants d’une amie, jeune femme avisée, je décidai d’entreprendre une analyse (lacanienne) qui dura deux années.
Pendant ces séances, je rêvais régulièrement que mon père arrachait mes habits sous le regard neutre de mon compagnon.
scène imprégnait constamment ma vie sans vraiment en saisir le sens du message.Je ne ressentais aucune émotion, j’étais un véritable papier glacé !
Progressivement je me lassais, stagnais, j’arrêtais la psychanalyse.
Le mal-être reprit de l’envergure.
Témoin de mon état dévasté, cette même amie me conseilla de contacter J.-P. F. pour un travail thérapeutique.
Dans un même temps, une autre personne amie, thérapeute familiale, au fil de soirées partagées autour de ses multiples récits d’ordre professionnel, faisait naître en moi le désir d’exercer la thérapie familiale et l’aide psychologique à la personne, ce qui me semblait aussi très utile dans l’exercice de ma fonction de professionnel soignant.
Je m’inscrivis donc à Espace Transformation pour un cursus complet de formation à la psychothérapie systémique.
Au cours des premières sessions, je sollicitai le formateur sur l’origine possible de mon mal-être.
Comme il avait repéré rapidement les symptômes majeurs révélant des traumatismes d’ordre sexuel, il m’en fit part.
À ma demande concernant quel travail entreprendre, il m’offrit la possibilité de participer aux groupes thérapeutiques qu’il animait.
Je m’y engageai immédiatement.
Au cours d’une séance, je décidai de travailler sur l’une des conséquences post-traumatiques d’un accident de voiture vécu à l’âge de 20 ans, une amnésie partielle autour de cet accident.
Le travail autour de cette amnésie fit émerger l’amnésie abyssale d’une toute petite fille !
Je voyais mon père fuir par la fenêtre de ma chambre d’enfants à l’heure de la sieste, vêtu de sa tenue de travail.
Cette scène dévoilée me poursuivait constamment.
Toute la palette émotionnelle explosait, mon corps était comme un voile de soie déchiré, froissé par les vents de la colère !
Je vivais dans une douleur exacerbée.
J’avais mal à ma peau et je supportais péniblement mes vêtements abrasifs.
Je devenais une torche vivante.
Je savais sans pouvoir mettre de mots !
Je trahissais ma famille, je la dénonçais, je la salissais en la traînant dans la boue !
Que de freins je m’infligeais !
Une petite fille si aimante, si loyale, si fidèle, ne pouvait pas croire, ni même imaginer que son petit papa ait pu abuser d’elle !
Mensonge !
Personne ne pouvait comprendre ce tsunami intérieur qui me submergeait, je flottais dans une grande solitude.
J’ai multiplié ma participation aux différentes formations, j’avançais lentement, toujours avec cette sensation que j’allais éclater en mille morceaux.
Je freinais des quatre fers, je levais le voile, j’accueillais et je refusais tout en bloc en même temps, et pourtant j’avançais !
Puis quand la réalité du traumatisme devint trop évidente, je hurlais en silence avec la peur de lasser mon entourage, de décevoir, de m’exposer en pleine lumière comme une bête de cirque hystérique.
J’avais honte, l’impression de salir les lieux et les personnes que je côtoyais.
De plus, une immense complaisance me retranchait dans la douleur, si elle disparaissait, qu’allais-je devenir sans elle ?
Je me sentais animale ligotée de partout !
Je m’écroulais et puis me relevais, la rage au ventre, je devais continuer, question de survie !
Durant toutes ces années, je découvrais et accompagnais le vécu complexe et douloureux d’une petite fille âgée de 4 ans, abusée et violée par son père à de multiples reprises et témoin aussi des viols commis sur son frère aîné.
Les souvenirs émergents étaient toujours voilés, enveloppés d’une brume sombre, ainsi le doute continuait de me torturer.
Je ramais sur les eaux troubles du passé, puis un jour la barque prit l’eau !
Je fis le grand saut ! Je décidai de suivre une thérapie individuelle avec J.-P. et la Thérapie Enfant Gigogne®.
Une grande partie des émotions tumultueuses ont commencé à s’apaiser, le déroulement des séances s’avérait plus facile, je connectais les épisodes traumatiques plus facilement et me libérais peu à peu avec les protocoles de mise en paix.
Cependant, l’enfant et l’adulte inconsciemment protégeaient leur « papa » durant encore quelques années « brodées » de ce doute tenace.
Mais une autre partie en moi était aussi tenace !
J’ai utilisé un moyen efficace pour ébranler le doute, je listais les symptômes de l’adulte dans les périodes difficiles et ceux de la petite fille, puis j’établissais la concordance de ces symptômes, ainsi le doute fléchissait, j’avançais sur le bon chemin.
J.-P. m’accompagnait, me guidait avec finesse et patience ! Oui, je suis consciente d’avoir mis sa patience à l’épreuve !J’évoluais en pointillé, j’étais inconstante. Je décalais mes rendez-vous dans les moments de découragement.
Après maints et maints protocoles, entretiens, appels téléphoniques, l’apaisement se diffusait plus largement dans mon for intérieur.
Les prises de conscience affluaient.
Pourtant la scène de viol de mon frère me hantait, toujours recouverte d’un voile opaque, je doutais encore !
Pour lever ce doute insupportable, mon espoir fou était de voir l’agression « de mes propres yeux » sans ce voile opaque ! En toute conscience !
Un jour, de retour d’une séance, je dus arrêter ma voiture, un brouhaha, une forte agitation intérieure, se déclenchait brutalement, une lumière vive et blanche tel un flash dévoila la scène, le doute s’inclina, mon père violait mon « petit » frère dans ce lieu tant de fois visité, dans le déni certes souvent !
 La petite fille répétait plusieurs fois ces mots : « Papa qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce que tu fais ?»
Confusion, sidération, immense incompréhension, pourtant elle savait… mais pas avec un garçon !
Il était mourant ! lui semblait-il.
Le flash s’éteignit brusquement, un extrême soulagement s’ensuivit.
Au cours de la séance suivante, un nouveau flash éclaira sauvagement le défilé d’une ribambelle de petites filles meurtries… 4 ans… 3 ans… j’essayais de stopper le défilé, impossible ! 2 ans… 1 an… tout bébé… STOP !
Le rideau tombe.
Surprise, étonnement, écœurement, tristesse, colère bien saine ! Libération.
Les voiles enfin levés, le doute évacué, j’ai alors entamé le chemin du pardon…
À côté des multiples souffrances générées par tous ces traumatismes retrouvés, une volonté de fer a émergé qui m’a permis d’effectuer ce long périple entre formation et travail thérapeutique, d’une bonne vingtaine d’années.
Merci à Dame résilience…

Merci à J.-P. pour son professionnalisme, son humanité, sa passion qui guérit l’autre, celui qui souffre, et pour sa patience démesurée.
Étonnamment, après ce travail de pardon, je remercie mes parents, à cause de… grâce à… tous ces traumatismes, qui peuvent faire sombrer dans la folie quand ils restent dans l’ombre de l’inconscient, ou qui peuvent nous aider à nous révéler quand ils accèdent et se transforment à la lumière de la conscience…

Je sais qui je suis et fière de l’être !

Extrait de « Guérir le futur des blessures du passé : La Thérapie enfant Gigogne® » Éd Trédaniel

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