Dans le cadre de ma psychothérapie, j’ai eu l’occasion d’être accompagné pour une difficulté liée à la fin douloureuse d’une relation amoureuse.
Je vivais ce lien de manière fusionnelle, comme une évidence, l’utilisation du terme « flammes jumelles » était fréquente avec cette femme et pleine de sens, compte tenu de ce qui en est dit dans la littérature.
Lorsque cette relation a pris fin, j’ai ressenti une grande souffrance, allant bien au-delà de ce que j’aurais pu considérer comme normal dans un tel contexte.
À la tristesse, aux pleurs et à la nostalgie, s’ajoutait un ressenti de déchirement viscéral, d’écrasement au niveau de la cage thoracique.
Lors d’une sortie en forêt, pour tenter de me changer les idées et « passer le cap », je me suis vu pleurer, genoux au sol, au bord de l’effondrement et dans l’incapacité totale d’accepter l’éloignement de cette personne, que je percevais comme une injustice profonde tellement notre lien me paraissait évident et indéfectible.
Le temps passant je n’arrivais pas à m’imaginer avec une autre femme.
J’étais manifestement dans l’attente de son retour dans ma vie, bien qu’elle m’ait annoncé entre-temps s’être remise en couple avec quelqu’un d’autre et ne plus souhaiter notre relation.
Il devenait important pour moi d’évoquer cela avec mon thérapeute et lorsque ce fut fait, nous avons assez rapidement mis en évidence que si l’espoir que j’avais de renouer avec cette femme était légitime, la souffrance intense que je ressentais à attendre cela était non seulement contreproductive, mais probablement liée au réveil d’un foyer émotionnel.
Déjà habitué à la démarche de l’exploration intrapsychique, j’avais ma question pour le prochain protocole clairement posée : « Pour quelles raisons ai-je autant d’attentes souffrantes vis-à-vis de cette femme ? »
Voici le déroulement de la séance qui a suivi :
Installé confortablement sur le divan, avec l’accompagnement du thérapeute, mon corps et mon mental se détendent et peu à peu, mot après mot, j’entre progressivement en état modifié de conscience, je reconnecte toutes les émotions difficiles de ce que je vis actuellement et elles me guident jusqu’à la source de mon mal-être.
Contrairement à d’autres séances où il fallait parfois un peu de temps pour trouver la source de ma difficulté, cette fois-ci les choses étaient très claires et me sont venues ainsi :
— Il est là !
En prononçant ces mots, je me suis senti comme instantanément propulsé dans le ventre de ma maman.
Je me rappelle avoir pris une grande inspiration avant de revivre un sentiment extrêmement douloureux accompagné de contractions thoraciques violentes, une détresse mentale et physique la plus intense que tout ce que j’avais pu vivre jusque-là.
Mon thérapeute poursuit son questionnement, il me demande de préciser :
— Qui est-il ?
Je lui réponds :
— Mon frère, il est là, mais il s’en va, c’est horrible !
Revivre ce moment m’est extrêmement douloureux, mon thérapeute m’accompagne pour traverser cette souffrance et la libérer.
Après avoir retrouvé une respiration plus supportable, j’ai alors pu préciser :
— C’est mon frère jumeau d’environ 2 mois d’âge, je me sens seul et je ne comprends pas, je suis dévasté ! Il était là… et c’est fini !
Interrogé sur ce que je ressens au sujet de l’idée que j’ai de moi-même à cet instant, j’ajoute alors :
— Je ressens une immense solitude, cette absence soudaine est une grande injustice, on était bien, et là, il me manque, j’ai un grand sentiment d’abandon.
Invité à faire le lien entre ma difficulté relationnelle à l’âge adulte et la découverte que je viens de faire, le rapprochement me paraît tellement évident.
— Il est très difficile de voir s’éloigner « quelque chose » de fusionnel !
Après quoi j’ai ressenti un sentiment d’apaisement, de détachement, avec une sensation d’amour pour moi-même retrouvée et cette phrase qui, compte tenu de ce qui m’avait amené, prenait tout son sens : « L’amour est là, il ne dépend pas… il est juste là et c’est beau à vivre. »
Je prends conscience que j’ai tout en moi !
Quelques semaines avant cette séance, j’avais demandé à ma maman de bien vouloir me faire un écrit sur ma conception, comment elle avait vécu sa grossesse, l’accouchement et les premiers temps de ma petite enfance, car je n’avais finalement pas vraiment d’éléments sur toute cette période.
L’histoire a voulu qu’elle me rende ce récit juste après cette séance d’exploration !
En rentrant chez moi j’ai ouvert l’enveloppe contenant ce qu’elle pouvait me dire des débuts de ma vie.
Au cinquième paragraphe il est écrit :
« Au 2e mois de grossesse, douleur très handicapante dans la cuisse droite. Après examen, kyste à l’ovaire droit de la taille d’un pamplemousse.
Opération juste avant Noël qui se passe bien. Petite perte de sang… Une infirmière vient cependant m’annoncer que j’ai de fortes “chances” de faire une fausse couche dans les suites et ne dois pas être surprise si cela se produisait. Heureusement, pas de fausse couche… petit Joannes s’est bien accroché. »
La relation de proximité que j’ai avec ma maman me permettant de le faire, j’ai décroché mon téléphone, je l’ai remerciée pour tout ce qu’elle avait pu retranscrire de cette période avant d’ajouter : « Tu sais maman, au deuxième mois, il y a bien eu une fausse couche mais tu as raison, je me suis accroché. »
Elle ne fut absolument pas surprise…
Malgré la douleur que j’ai éprouvée à revivre cette séparation, je suis très heureux d’avoir pu dire au revoir à ce jumeau autrement, et de constater que le travail effectué sur ce trauma important dans ma vie m’a permis de vivre autrement cette séparation et plus globalement mon approche de la relation amoureuse.
Extrait de « Guérir le futur des blessures du passé : La Thérapie enfant Gigogne® » Éd Trédaniel